ÉDITORIAL. Pâques, se tourner vers la vie
Mais au fait, pourquoi la fête de Pâques ? Pâques, c’est le passage de l’esclavage à la liberté célébré par les juifs. L’éditorial de Jeanne Emmanuelle Hutin, directrice de la recherche éditoriale à Ouest-France.
Pâques, c’est le passage de l’esclavage à la liberté célébré par les juifs. À l’origine, les Hébreux quittent l’esclavage de la terre d’Égypte. L’être humain y était traité comme une chose, réduit à son utilité, mesuré à son efficacité, enfermé dans l’impitoyable répétition des tâches à accomplir : des briques, toutes semblables, pour une société ivre de puissance et de domination.
Pâques, c’est le passage de la mort à la vie pour les chrétiens qui célèbrent la Résurrection de Jésus. Il passait son temps à faire le Bien mais il fut trahi, couvert d’infamie, condamné à mort au terme d’un faux procès, torturé, crucifié, mis au tombeau : « A vue humaine, la vie de Jésus de Nazareth est un échec. C’est un gêneur. Il ne cesse de mettre des bâtons dans les roues des chars superbes des hauts placés. Ils auront sa peau » , dit Pascale Dominique dans Divines Libertés (1). Mais, il reste libre, libre de donner sa vie : « Celui qui aime autrui risque sa vie. Jésus ne s’est pas dérobé. Il a rejoint l’humanité souffrante jusqu’au bout » , (1).
Et l’impensable a surgi : sa Résurrection. Deux humbles signes frappent depuis aux portes des consciences : son tombeau vide et le témoignage de ses amis qui le revirent vivant (2). Ces passages manifestent un mouvement vers la lumière et un don accueilli, celui de la vie. Ils ouvrent l’espace de la liberté. Pâques est une révolution qui bouleverse la perspective de l’humanité. Tout n’est-il pas changé si la mort n’a pas le dernier mot de l’existence humaine ?
Chemins d’espérance
Pâques invite à l’espérance. Comme une brèche de lumière, il ouvre un avenir au cœur des souffrances si vives aujourd’hui. Car l’humanité voit s’étendre avec effroi l’ombre de la mort sur des peuples livrés à la famine, à la violence, à la guerre comme en Ukraine. Mort qui happe à quelques encablures de nos rivages des hommes, des femmes, des enfants en quête d’une terre promise.
Pâques est aussi un message pour notre société si prompte à brandir la mort comme seul horizon de la vie humaine. Elle prétend que la mort choisie serait une liberté ultime et indolore. Elle voudrait l’administrer au nom de la volonté des uns sans se soucier des conséquences sur tous ceux qui craignent d’être une charge pour les autres à cause de leur maladie ou de leur grand âge. Déjà vulnérables, ne seront-ils pas en plus culpabilisés par ce type de discours ? D’autant qu’on ne manquera pas de leur rappeler le poids économique qu’ils représentent pour la société, comme si l’être humain devait être évalué comme une chose, seulement en fonction de son coût.
Comment résister à ces éclaboussures de la mort ? « J’ai mis devant toi la vie et la mort, choisis la vie et tu vivras » , exhorte l’antique appel biblique. Comment trouver le chemin de cette liberté ? « La vérité vous rendra libres » , enseignait Jésus, ouvrant une voie toujours actuelle pour échapper aux manipulations et au conditionnement des masses.
Comme le printemps annonce les moissons à venir, Pâques appelle à renaître au meilleur de la vie. Pour les chrétiens, « la Résurrection, c’est un surgissement de vie imprévisible, une victoire désarmée, la révélation de la force d’amour que la mort ne peut retenir parce qu’elle lui échappe des mains, résistant à ses prises. Au-delà du pouvoir du mal, la liberté de la vie. Christ est vivant… », partage Pascale Dominique (1).
Pâques invite à quitter les rives obscures de la mort pour se tourner vers le soleil de la vie et accueillir ses trésors de courage, de fraternité, de joie.
(1)Divines Libertés, Sr. Pascale Dominique, éd. Cerf